Srebrenica : Il y a 25 ans

[Total : 1    Moyenne : 5/5]


#Srebrenica : Il y a 25 ans, 8372 hommes, adolescents et enfants musulmans de Bosnie étaient massacrés de sang froid au cœur de l’Europe – et surtout au cœur d’une « safe-zone » démilitarisée qui se trouvait théoriquement sous la protection des Casques-Bleus et de l’ONU. Sous le regard impassible du monde et des « soldats de la paix », l’arme au pied alors même que le boucher serbe Ratko Mladic annonçait fièrement devant les caméras qu’il allait « prendre sa revanche sur les musulmans en souvenir des insurrections contre les Turcs ». Dans son autobiographie, Alija Izetbegovic, alors président du pays et commandant en chef de l’armée bosniaque, revient sur ces jours fatidiques en un témoignage accablant pour la « communauté internationale » et les fameux « défenseurs de l’humanité » : « L’assaut final sur Srebrenica a débuté le 6 juillet, mais il ressemblait d’abord aux attaques précédentes d’une ampleur limitée et ce n’est que le 8 et le 9 que nous avons compris qu’il s’agissait là d’une offensive massive sur la ville. Nous avons alors appelé à une action aérienne de l’OTAN ; nous pensions que la communauté internationale ne laisserait pas capturer des unités de Casques Bleus et une zone de sécurité de l’ONU. (…) Le 7 juillet, les Serbes de Bosnie ont attaqué un poste d’observation du contingent hollandais de Srebrenica et pris 55 soldats en otages. Pour sauver les otages, la communauté internationale a refusé de mener des frappes aériennes et, dans les faits, a sacrifié Srebrenica. Le 9 juillet, j’ai parlé aux présidents turc et iranien de la situation au téléphone et envoyé un message urgent au président américain Clinton, dans lequel je rappelais le statut de Srebrenica – une zone de sécurité protégée par les Nations Unies, démilitarisée depuis 1993 en accord avec les Casques Bleus, qui n’avaient pourtant montré ni la volonté ni la capacité de protéger la ville de cet assaut, et où plus de 60.000 civils étaient en danger de mort – et lui demandais d’user de son influence pour prévenir un génocide. Tard dans la soirée du 9 juillet, je quittais Sarajevo par le tunnel sous l’aéroport lorsque le général britannique Rupert Smith m’a appelé ; la voix agitée, il m’a dit que des frappes aériennes de l’OTAN sur les positions serbes avaient finalement été ordonnées et suivraient sans délai. Je sais que le général Smith avait été sincèrement en faveur d’une telle action depuis le début du conflit ; mais quelqu’un au-dessus de lui l’a bloqué, le général français Janvier ou l’émissaire de l’ONU Akashi, peut-être même le secrétaire-général Boutros Ghali. En janvier 1994, le général français Jean Cot a déclaré au Monde qu’il avait demandé à Boutros Ghali à plusieurs occasions d’autoriser des frappes aériennes, mais que ce dernier avait toujours refusé (…) Nous savons maintenant que durant la crise de Srebrenica, des avions avaient décollé de bases de l’OTAN en Italie mais ont été rappelés et fait demi-tour à mi-chemin. (…) Nous sommes restés en alerte toute la nuit et le jour suivant, en attendant la nouvelle des frappes. Mais aucune nouvelle n’est arrivée. Dans l’après-midi du 11 juillet, la nouvelle est tombée que les troupes de Mladic étaient entrées dans la ville sans qu’aucune action de l’OTAN n’ait suivi. Pas pour la première fois, malheureusement, je me suis senti trahi. (…)Le 12 juillet, je publiais une nouvelle déclaration demandant de rétablir par la force et par tous les moyens nécessaires la zone de sécurité de Srebrenica. La seule réaction est venue du président français Jacques Chirac, qui appelait à considérer ma demande ; j’ai compris du silence de tous les autres qu’il n’y aurait aucune action. (…) Les chetniks ont tiré plein profit de l’indécision de l’OTAN et des Casques-Bleus. Dans une interview de juillet 2000, le général américain Joulwan l’avouerait ainsi : « Si nous avions été plus déterminés, la tragédie de Srebrenica aurait pu être évitée. » Quant à la situation à l’intérieur de la ville prise d’assaut, elle était caractérisée par la panique et la désorganisation. (…) J’ai plus tard appris que nombre de petites unités et de combattants individuels avaient combattu avec courage, jusqu’à la mort, mais il n’y avait plus de commandement unifié à partir du 9 juillet. (…) Les chetniks évitaient les affrontements avec les combattants armés et hautement motivés qui se frayaient un chemin de retraite ; ils préféraient s’attaquer aux civils désarmés, qui étaient bien nombreux. Grâce aux images-satellite, les quartiers-généraux des grandes puissances savaient qu’un massacre de prisonniers et de civils était en cours. Quant à nous, nous pouvions seulement deviner et apprendre les nouvelles à mesure que la situation s’aggravait. Je me rappelle que deux ou trois jours après la chute de Srebrenica, nous avons intercepté une conversation téléphonique entre deux chetniks. L’un d’entre eux disait : « Nous leur avons réglé leur compte hier. » « Combien, trente ? », a demandé le second. « Ajoute deux zéros », a répondu le premier. Ce qui s’était réellement passé, toutefois, devait dépasser même les plus sombres de nos pressentiments. Le Comité International de la Croix-Rouge a compté 7079 tués durant les seuls quatre premiers jours du massacre, et ce n’est pas le chiffre final. Qui est à blâmer ? Quand une tragédie d’une telle magnitude advient, personne n’est innocent. Chacun de nous est à blâmer lorsqu’il existe un monde dans lequel Srebrenica est possible. Chacun de nous doit croire qu’il aurait pu faire plus. (…) Lors du second anniversaire de la tragédie, le 11 juillet 1997, j’ai envoyé ce message aux femmes de Srebrenica : « Si une tragédie de cette ampleur aurait pu être évitée ou non est une question qui sera présentée à la conscience de chacun d’entre nous et de chaque personne responsable dans le monde jusqu’à ce qu’une réponse juste et honnête soit donnée. Ce furent en effet des jours bien douloureux et terribles pour la Bosnie. La tentative infructueuse de briser le siège de Sarajevo 20 jours avant l’offensive serbe sur Srebrenica, l’énorme avantage en matériel militaire de l’ennemi, qui recevait l’assistance directe de la Serbie, l’indifférence du monde, la lâcheté des Casques Bleus, votre long isolement et les problèmes internes que ce dernier créait dans la ville assiégée – tout ceci était contre nous en ces jours terribles de juillet. (…) » En signe de protestation envers la lâche conduite de la communauté internationale à Srebrenica, Tadeusz Mazowiecki démissionnait de son poste de rapporteur spécial pour les Droits de l’Homme aux Nations Unies le 27 juillet 1995 : « L’on ne peut parler avec crédibilité de droits humains lorsque la communauté internationale et ses leaders n’ont ni le courage ni la détermination de protéger ces droits », écrivait alors cet homme honorable. (…) Je ne sais pas si nous connaîtrons un jour toutes les circonstances de cette tragédie. Dans ce contexte, un détail intéressant me revient de ma conversation avec le président Chirac le 29 ou 30 août 1995, un peu plus d’un mois après le désastre de Srebrenica ; je lui disais que je considérais le général Janvier comme l’un des principaux responsables. Il semblait sincèrement surpris et a aussitôt rejeté cette possibilité même. J’ai répondu que j’avais des informations fiables selon lesquelles il avait personnellement bloqué les frappes aériennes et rencontré Mladic durant la crise. Il a répété qu’il ne le croyait pas, mais qu’il enquêterait sur l’affaire. Un mois plus tard, Janvier était rappelé en France… »Paix aux âmes de nos martyrs.

Issâ Meyer

islametculture

Froment Mickael est un Français originaire de Picardie et vivant en France. Actif sur YouTube (Islam Et Culture), FaceBook et Twitter, il est aussi le propriétaire d'un site internet (Islam Et Culture). Diplômé de l'I.E.S.H de Saint-Léger de Fougeret il s'est lancé depuis maintenant quelques années dans un travail de dédiabolisation de l'Islam alimentée par beaucoup… N'hésitez pas à le soutenir mais aussi à l'aider dans ses projets; rejoignez-le dès à présent sur son compte Youtube.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *